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jeudi 21 janvier 2016

Un rapport du sénat

Le groupe d'amitié franco-népalais du sénat (français) vient de publier un rapport - en janvier 2016 - sur les deux mois qui ont suivi le séisme du 25 avril.

Alors pour ceux qui souhaitent étoffer leurs connaissances sur le pays, lire de jolis vers népalais sur la catastrophe... peuvent le consulter ici : Le Népal : deux mois après le séisme du 25 avril 2015

Le rapport fourmille d'informations très intéressantes et de jolies photos comme (en plus, il apprend à faire de bonnes bibliographies) :
Le PIB par habitant nominal au Népal en 2013 était de 692 US$, un montant 64 fois inférieur à celui de la France (44 099 US$) et 162 fois à celui du Luxembourg (112 473 US$). Source : FMI, http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2014/02/weodata/index.aspx consulté le 30/06/2015.
La tour n'existe plus, elle s'est effondrée lors du tremblement de terre.

Dans la région du Manaslu
 C'est Patrick qui m'a envoyé ce lien après m'avoir terrorisé ce matin. Les conclusions des sismologues sont tombées et je ne les aime pas. La chaîne du Mahabaratta n'a pas tremblé en avril dernier et a accumulé de la pression qui doit se relâcher. Quand ? Bientôt. Entre demain et quelques années (je dis demain mais c'est un effet de style, cela peut être aujourd'hui). Où ? Proche de la surface. Et alors ? Il peut avoir la même intensité que le dernier mais ce sera beaucoup plus destructeur. Groumpf.

 Hélas, Valdemar a raison

Un rapport du NHCR (la commission nationale des droits de l'homme) vient de dénoncer publiquement la participation du gouvernement dans la contrebande des produits pétroliers. A raison de 150 000 litres de produits clandestins par jour sur le seul point de passage de Thori, je n'ose imaginer le montant des pots de vin perçus.

c'est pas moi qui le dit...
Sans compter les dangers occasionnés par cette contrebande : aux risques d'accidents de la route s'ajoutent désormais celui d'être transformé en torche vivante ; tous ces bidons, ces bonbonnes, ces bouteilles de plastique sont transportés sur les toits de bus et minibus, dans les coffres des jeeps.

Famine du côté de la Karnali

Dans l'Ouest du Népal, pas loin de là où nous avons fait du raft en novembre, se trouve une des régions les plus pauvres du Népal. La route qui relie cette région au reste du Népal est considérée comme l'une des plus difficiles du monde. C'est une piste de terre à flanc de collines bien pentues où les éboulements sont nombreux.

Hors cette région n'a pas connu de précipitations depuis la mi-juillet et la production agricole s'est effondrée. Les habitants doivent parcourir de grandes distances pour aller acheter de la nourriture pour survivre. Comme quoi, nous sommes vraiment privilégiés ici.

Pour en savoir plus


mercredi 25 novembre 2015

Et ça continue encore et encore....

Le blocus continue avec ses désagréments et, nous, nous nous adaptons. Nous avons sorti hier le moulin à légumes manuel ! Pour une bonne soupe de légumes qui ne consomme pas trop de gaz : cocotte-minute et moulin, voilà l'équation gagnante !

Certes, il a fallu farfouiller sur Internet pour trouver le mode de montage du moulin (je l'avais monté à l'envers, si, si c'est possible ; 3 pièces pourtant seulement) et il faudra optimiser le transfert cocotte-moulin-cocotte... mais nous y prenons goût, soupe de courges ce soir.

Moulin à légumes et miel le plus cher du monde
Oui, le temps fraîchit donc nous nous réfugions dans la cuisine, fermons la porte et profitons de la chaleur de la gazinière. Car, hors de question d'utiliser le chauffage à gaz : 9 000 roupies la bouteille au marché noir. Et pour le bois, c'est bien simple, c'est très difficile à trouver et le prix est à 15 roupies le kg + 3 jours de queue...

On trouve encore cependant des produits à acheter (même si le lait vient à manquer, ohé ohé) et le marché dimanche dernier était plutôt bien fourni. J'ai même réussi à trouver le miel le plus cher du monde : 15 000 roupies le pot mais, on se rassure, c'est du miel de braves abeilles népalaises... L'avantage c'est que nous le mangeons avec respect et limite vénération tous les matins. 

Plus embêtant, la collecte des ordures est interrompue à Katmandou par manque de carburants. Les Nations Unies ont tenté un appel auprès de l'Inde pour souligner la crise humanitaire que le blocus crée mais les népalais demeurent très sceptiques quant à l'efficacité de la démarche.
Image assez typique...

Alors, tous les jours, quand je regarde la presse locale, la chanson de Cabrel tournicote dans ma tête... et pour le plaisir, je vous la mets ci-dessous... J'ai choisi celle avec Céline Dion parce que ma tata aime bien ;-)

dimanche 8 novembre 2015

Non, tout ne va pas si mal au Népal !

Avant de vous traduire un article très déprimant du Kathmandu post, deux anecdotes qui font chaud au coeur.

ONG et népalais, un travail formidable !


Pascale et Gérard sont ici avec leur famille et amie pour faire du trek. Leur famille et amie repartent le 10 et Pascale et Gérard souhaitaient faire du bénévolat. Activation des réseaux. Et Shradda, une amie de l'escalade, vient de leur dénicher un plan dans une ferme qui fait de la permaculture, celle où Anna devait aller aider également. Ce ne sera pas forcément violent mais il y aura du jardinage et de la reconstruction et surtout Tihar à fêter en famille népalaise.

Pascale et Gérard ont aussi apporté des médicaments de France. Et trois paires de lunettes d'astigmate. J'ai enfourché mon petit vélo et direction l'hôpital Norvic pour fourguer, pardon donner, le tout. Mais ils n'en ont pas voulu. Les pharmacies d'en face, non plus. J'ai cherché pendant une heure l'association Médecin du Monde. Pas trouvé.  Mouline-mouline, rumine-rumine, que faire de tout cela ? Tilt ! Un message sur un groupe Facebook NepalExpat exposant mon problème. Et là, deux réponses :
- The mountain Heart Nepal, une association népalaise de médecins et personnel médical, acceptent de prendre les médicaments ;
- Optik Hut d'Anne et Suresh sont intéressés par les lunettes et des produits médicaux pour les yeux. Ils essayent d'aider les plus démunis en leur offrant la consultation et les lunettes et organisent régulièrement des "camps" dédiés à la vue. 

C'est quand même beau ça, non ?

Quand le Népal part en vrille - Katmandou Post - 7 novembre 2015

Pour un pays qui a déjà été ébranlé par les contraintes provoquées par les tremblements de terre, se remettre d'une nouvelle crise si vite après se révélera extrêmement difficile - Rajesh Khanal, Katmandou

 7 nov 2015- Les manifestations en cours dans le Teraï et le blocus officieux imposé par l'Inde , qui a commencé avec l'obstruction  de l'entrée  de pétrole dans le pays, a maintenant un effet d'entraînement sur presque tous les secteurs de l'economie. Le Népal connait depuis trois mois des protestations dans le Teraï et depuis plus d'un mois un blocus de l'Inde. En raison de la crise, par rapport aux 350 tankers de pétrole et 42 camions de bouteilles de gaz que le Népal importe en moyenne quotidiennement depuis l'Inde, le pays ne reçoit plus maintenant qu'une moyenne de 30-35 pétroliers et 3-5 citernes de gaz. 

L'obstruction de l'Inde ne se limite pas à la fourniture de pétrole; des restrictions similaires ont été imposées à l'expédition de marchandises qui proviennent de l'Inde ainsi que des pays tiers. Basé sur le rapport que l'Inde a présenté récemment à la Convention sur les droits de l'homme des Nations Unies, tenue à Genève, il ya plus de 6900 camions / conteneurs bloqués aux six, sur les 10 - les quatre autres sont avec la Chine -, frontières partagées entre les deux pays. Selon le rapport, 4.800 camions chargés sont coincés au seul point de frontière Birgunj-Raxaul.

Des pans entiers du Teraï sont fermés depuis près de 80 jours. Cette région géographique, qui englobe 20 des 75 districts du pays, contribue à la part du lion de l'économie népalaise. La région représente 59 pour cent du PIB du pays, 76 pour cent des revenus du gouvernement, 66 pour cent de la totalité des terres arables, 57 pour cent de la production des cultures céréalières et les deux tiers de la production industrielle de la nation. Il n'est donc pas étonnant que, lorsque une telle régiontire les volets, les ramifications se font sentir dans l'ensemble de la nation.

Les indicateurs macroéconomiques

L'économiste Madan Kumar Dahal signale que déjà les effets néfastes sur les niveaux de revenu,sur les profits et sur les investissements des entrepreneurs Népalais ont commencé à devenir perceptibles. Selon Dahal, la situation pourrait provoquer un 'piège d'équilibre de bas niveau» [les revenus sont trop faibles pour permettre d'investir et de nourrir la croissance - note de moi :-) ], qui laissera l'économie dans un cycle vicieux de pauvreté et de stagnation.

Pour un pays qui a déjà été ébranlé par les contraintes provoquées par les tremblements de terre, se remettre d'une nouvelle crise si vite après se révélera extrêmement difficile. La perte cumulée du blocus devrait dépasser les sept milliards de dollars de pertes qu'a connu l'économie népalaise après le tremblement de terre du 25 Avril. Les projections antérieures du gouvernement de maintenir un taux de croissance économique de six pour cent, selon Dahal, seront probablement à diminuer à un taux aussi bas que 3,5 pour cent.

Parmi les secteurs qui ont été les plus touchés figure celui des revenus collectés par le gouvernement. Le gouvernement a vu un recul majeur dans la collecte de douane, qui est sa source de revenus la plus grande. Les données du Département des douanes montrent que le ministère a recueilli seulement 35 milliards de roupies de revenus à la première semaine de Novembre. Le gouvernement avait fixé un objectif de collecte de Rs 60 milliards pour la période allant de la mi-Juillet à la mi-Novembre. Le gouvernement perçoit habituellement autour de 30 % de son chiffre d'affaires annuel lors des saisons de fête de Dashain et Tihar. Ce manque à gagner du gouvernement est susceptible de frapper les dépenses en capital, ce qui à son tour aura une incidence sur le développement des infrastructures et sur l'emploi à long terme.

La crise actuelle a également causé une inflation généralisée. À l'heure actuelle, les prix de marché de presque tous les produits essentiels du quotidien, des produits manufacturés et des matériaux de construction ont déjà augmenté. "En outre, comme les importateurs vont vraisemblablement transférer sur les consommateurs les frais de retard / détention [des frais s'appliquent lorsque les produits sont bloqués chez les transitaires, dans les entrepots de douane, au port de Calcutta,en Inde - note de moi] encourus en raison du retard dans les livraisons, ce qui donnera également lieu à une inflation par les coûts», dit Dahal. Une inflation par les coûts se produit lorsque les prix des matières premières et de la main-d'œuvre augmentent rapidement.

Fabrication

Le secteur de la fabrication est sous le choc parce que toutes ses différentes composantes ont subi des coups au corps : disponibilité de la main-d'œuvre, l'approvisionnement en matières premières ou fourniture d'énergie. Selon le Bureau central des statistiques, un total de 2.200 usines basées dans la région du Teraï sont toujours fermées, mettant 400,000 travailleurs au chômage. Dans un pays où le taux de chômage peut atteindre jusqu'à 40 %, ces chiffres de pertes d'emplois sont énormes.

Selon la Fédération népalaise des Chambre de Commerce et d'Industrie, les secteurs de la fabrication ont été confrontés à une perte moyenne de deux milliards de roupies par jour, tandis que la perte cumulée du blocus a atteint 100 milliards de roupies.
Hari Bhakta Sharma, vice-président senior de la Confédération des industries népalaises, affirme que la plupart des usines de production et des fabricants de médicaments ont fermé en raison de la pénurie de matières premières et de carburant. "Comme la plupart de leur équipement comprend des chaudières et des systèmes d'eau chaude, ils ne peuvent pas basculer sur une énergie électrique, l'approvisionnement stable en pétrole est absolument essentiel», dit-il. "De même, la fourniture de produits finis a également été affectée en raison de la pénurie de carburant."

Ce ne sont pas seulement les industries nationales qui se sont effondrées en raison du blocus. Certaines entreprises multinationales ont également fermé leurs usines de production : alors que la production d'Unilever, des embouteilleurs Népal et Surya Népal s'est déjà arrêté, Dabur Nepal et Varun Beverages ont fortement réduit leurs volumes de production.



Le secteur de la santé

La pénurie de carburant et de produits de première nécessité a donné lieu à une crise multidimensionnelle dans le secteur de la santé. Les patients ont été privés de médicaments de base parce que le flux de médicaments qui proviennent à la fois d'Inde et des fabricants nationaux s'est réduit à un filet. De nombreux établissements de santé sont à court de médicaments d'urgence, de médicaments de soins essentiels et d'autres fournitures médicales.

Sharma, qui est également le président de Deurali-Janta Pharmaceuticals, dit que les fabricants de médicaments locaux auraient pu intensifier le volume de production de certains de leurs médicaments, mais parce que les usines se procurent leurs matières premières en grande partie en Inde, ou dépendent de matériaux acheminés par les ports indiens, ils ne peuvent pas faire tourner leurs lignes d'assemblage.

Selon la Division de la santé des enfants du Département des services de santé, les programmes d'immunisation à travers le pays sont difficiles à mener à bien parce que le Népal importe la quasi-totalité de ses vaccins et antibiotiques d'Inde et des pays tiers.


Éducation

De nombreuses institutions académiques dans le Teraï sont restées fermées au cours des trois derniers mois. En outre, la pénurie de carburant a aussi affecté les trajets scolaires des enfants dans d'autres zones urbaines. Selon les estimations de l'UNICEF, plus de 1,6 millions d'enfants ont cessé d'aller à l'école lors des deux derniers mois. Bishnu Karki, un éducateur, indique que les enfants dans le Teraï ont été les plus durement touchés par la crise actuelle. Il craint que la crise peut créer un impact psychologique de longue durée et une perte de productivité pour toute une génération d'étudiants.

Les propriétaires des écoles aussi se sont retrouvés dans un trou dont il sera difficile de sortir. En moyenne, les chiffres annuels d'investissement dans le secteur de l'éducation nationale tournent autour de Rs 86 milliards. "Leurs investissements seront en péril si le gouvernement ne répond pas à la situation à temps», souligne Karki, ajoutant que le gouvernement doit essentiellement se concentrer sur les classes pour les classes du gouvernement et celles des communautés.


Le tourisme 

Selon les estimations préliminaires du ministère de la Culture, du Tourisme et de l'Aviation civile, le taux d'occupation moyen des hôtels a plongé sous les 20% en Octobre à la suite des troubles dans le Teraï. Lors de la saison touristique de pointe, Septembre-Novembre, le Népal a l'habitude d'accueillir 250.000 visiteurs étrangers ; maintenant le pays se dirige vers moins d'un quart de ce volume d'arrivées. Sans surprise, le nombre de randonneurs au cours de la saison actuelle a également considérablement chûté. Selon les entrepreneurs,  presque tous les vacanciers à haut niveau de dépenses ont annulé leurs voyages. Pour un secteur qui fournit de l'emploi à environ 300,000 personnes, les dommages subis sont configurés pour être catastrophiques. 

WE news

Patrick, Hugues et Luc sont allés à Nagarkot en VTT hier (45 km) pour aller grimper. Bon, ils ont grimpé 2 heures. C'est quand même loin. Et sont rentrés le soir avec un Luc vanné. 

Mais cela n'a pas découragé Patrick et Hugues qui sont repartis ce matin à 7h30 pour une journée vélo à fond (jusqu'à 17h - 18h30). Pfff, rien que d'y penser je suis épuisée.

Luc est resté ici, fait ses devoirs, les tâches ménagères, et prend soin de moi. J'ai rencontré un poteau hier en jouant les gardiens de but. Rien de grave. Mais, le repos est le bienvenu. J'attends de dégonfler pour mettre les photos. Là, c'est modèle hamster. Je sais maman, promis, j'arrête de faire gardien. Et peut-être même de jouer avec les garçons. Mais pas avec les filles, elles sont trop sympa.


vendredi 6 novembre 2015

2 mois déjà et combien encore ?

La fermeture des frontières entre l'Inde et le Népal fête déjà son deuxième mois. Et c'est parti pour durer. Au mépris de la population népalaise, les politiques des deux pays s'étripent plus ou moins violemment et attendent que l'un ou l'autre ne cède :

  • les indiens attendent la modification de la constitution qui respecterait davantage les minorités Madeshis mais les négociations entre ces derniers et le gouvernement sont lentes (et attention, c'est une lenteur népalaise) ;
  • les népalais attendent la montée de l'indignation internationale et d'une partie de la population indienne qui, selon eux, contraindrait le gouvernement indien de Modi à reculer.
Les débats en Inde commencent mais pour l'instant, de ce que j'en vois, les indiens sont convaincus de leur bon droit d'intervenir dans les affaires intérieures népalaises mais divergent sur la façon de le faire en fonction de leurs propres intérêts électoraux.

La communauté internationale semble s'activer doucement (à la mode népalaise :-) ) : une délégation  des donneurs européens a été reçue et a exprimée ses craintes de non-utilisation de ses fonds poru la reconstruction suite au blocus indien. M. Thapa s'est exprimé à l'assemblée des nations unies pour les droits de l'homme et a évoqué rapidement le problème actuel.

Et en attendant, les népalais souffrent, la reconstruction est arrêtée et des jours sombres nous attendent : le gouvernement vide les barrages à grande vitesse pour assurer la distribution d'électricité  maintenant au détriment de l'hiver à venir. Ajoutez à cela une mousson faible et vous comprendrez pourquoi j'ai demandé les panneaux solaires de Patrick pour recharger les batteries des portables et ordinateurs en janvier et février.

Les queues devant les stations service s'allongent,  l'école britannique vient de demander aux enfants de recharger leurs ordinateurs, tablettes et téléphones chez eux pour préserver les batteries de l'école. Icimod vient de proposer de l'essence (payante) à ses membres à raison de 5 litres par personne maximum.

La semaine prochaine, c'est Tihar, le festival des lumières et 5 jours de congés pour les enfants. Plus ça va et plus nous pensons rester dans le coin il me semble :-)

D'un autre côté, nous expérimentons en direct un réduction de la consommation d'énergie fossile et ma foi, c'est possible ! A se demander s'il ne faudrait pas imposer un rationnement aussi dans nos pays pour nous sensibiliser encore plus aux économies d'énergies. Pourquoi une telle position si radicale ? Le bilan des glaciers en France cet été : en moyenne, les glaciers perdent l'équivalent d'un mètre d'eau sur toute leur surface mais cet été, ce sont 3.5 mètres qui ont été perdus ! C'est énorme ! Et en plus, je lis le dossier consacré au réchauffement climatique du Monde Diplomatique du mois de novembre. Je vous le recommande très fortement même si ce n'est pas très réjouissant.

Pour finir sur une note plus gai, c'est le WE bientôt avec comme d'hab' du vélo, de l'escalade et du futsal. Je vous laisse trouver qui fait quoi et vous présente ma dernière croûte.

Je le laisse en petit car il faut le voir de loin... très loin.






mardi 3 novembre 2015

Un peu de politique népalaise

Le blocage de la frontière avec l'Inde continue. Cela dure depuis plus d'un mois et personne n'arrive à prédire la fin. Les conséquences sont là : le montant des dégâts liés au blocus vient de dépasser celui du tremblement de terre. Moins d'écho international mais plus de dommages.
La carte du Népal

Alors, quels sont les impacts du blocus ressentis par les touristes ?


A Katmandou, les côtés positifs du blocus sont une pollution et un trafic moindres. C'est déjà pas mal. En revanche, la carte des restaurants diminue fortement : le Summit, hôtel et restaurant huppé proche de la maison, ne sert plus que des clubs sandwiches. Le café Soma où le café espresso single shot est si bon, propose des sandwiches froids uniquement.

Trouver des places dans les hôtels n'a jamais été aussi facile et bon marché ! Les prix se sont écroulés.  De même, les porteurs et guides sans emploi sont légions.

Le choix des destinations s'amenuise même si de nombreuses régions sont ouvertes au trek. Par exemple, le Langtang vient d'ouvrir à nouveau comme le tour du Manaslu. Paddle Nepal vient cependant d'annuler un voyage dans l'Est du pays du fait des troubles et des manifestations parfois (souvent ?) violentes. La zone du Teraï de l'Ouest est tranquille.

La première difficulté est de rallier les zones de trek : l'essence et les bouteilles de gaz pour cuisiner sont un vrai problème et les tarifs augmentent. Le vol Pokhara - Katmandou était à 135$ il y a 15 jours contre 110$ en septembre. Une voiture pour rallier Pokhara est dans les 18 000 roupies contre 9000 auparavant.

L'autre difficulté est d'ordre sanitaire : l'évacuation médicale qui n'a jamais été simple au Népal l'est encore plus maintenant. C'est la raison avancée par l'ambassade américaine pour déconseiller les déplacements de ses ressortissants. 

Au global, le nombre de trekkeurs a fortement diminué : de 50% dans la région de l'Everest par rapport à l'an dernier (soit 100 touristes par jour tout de même) ; de 50% sur le circuit de l'Annapurna ; proche de zéro au Langtang, au Manaslu et j'imagine dans le Rolwaling. Pour le Kanchenjunga, je n'ai pas de données mais cela ne doit pas être bien vaillant.

Et pour les népalais ?

La vie quotidienne des népalais est très perturbée :
- pas d'essence ou alors au marché noir (compter 500 roupies le litre à KTM)
- pas de gaz, le gouvernement vient de mettre en place la vente de demi-bouteilles de gaz pour cuisiner (je ne parle même pas de se chauffer). Les restaurants sont prêts à payer entre 7000 et 25 000 roupies la bouteille de gaz.
- les médicaments et l'oxygène manquent dans les hôpitaux tout comme l'électricité pour pouvoir opérer (pas d'essence = pas de groupe électrogène)
- les groupes électrogènes sont stoppés dans les entreprises : à ICIMOD, là où travaille Patrick, les grosses imprimantes, les machines à café et à thé, l'ascenseur, la clim', le chauffage sont arrêtées.
- les premières pénuries dans les épiceries (plus de lait en brique en provenance d'Inde)
- certaines entreprises ferment : restaurants par manque de gaz, teintureries, fabriques de bière (manque de levure), et peut être même notre boulanger (alors là, je dis stop !)
- transports publics bondés
- ruptures et envolées des prix sur les bicyclettes (idem pour les antivols qui ont pris beaucoup de valeur d'un coup)
- ...

Et nombreux sont ceux qui pensent à partir travailler à l'étranger. C'est très perturbant de croiser tant de personnes, de tous milieux, de toutes conditions, qui voient leur futur ailleurs qu'au Népal. C'est un sentiment qui n'existait pas autant à l'issue du tremblement de terre et qui devient massif.

Quelles issues ?


Selon Pradeep, le chef de Patrick, la situation est bien bloquée et les tensions montent. Aller chercher de l'essence en Chine n'est qu'un pis-aller : 90% du commerce terrestre provient d'Inde et le nombre et l'état des routes ne permettent pas de tout basculer d'un coup, il faudrait au minimum un an pour y parvenir.

La négociation avec l'Inde est donc la seule solution mais les indiens sont, selon lui, vexés : l'Inde avait demandé un droit de regard sur la constitution (de quel droit ?) avant sa promulgation, droit qui lui a été refusé. Alors l'Inde met en avant la nécessité pour les népalais de trouver "une issue politique" au ressentiment des madhesis (une ethnie du Sud-Est du Népal très mécontente du texte) avant qu'elle accepte de lever l'embargo mais envoie en parallèle des indiens manifester (violemment) aux côtés des népalais. Le Népal "libère" manu-militari un point de passage avec l'Inde, les indiens laissent les manifestants s'installer et bloquer à nouveau le passage...

Alors, à ce jeu-là, cela peut durer longtemps.

Et la reconstruction dans tout cela ?

Au niveau global, c'est tout bloqué. L'aide et les matériaux n'arrivent plus dans les zones sinistrées. L'agence de reconstruction n'est toujours pas remise en place... désespérant. Sauf que...

Vous avez donné 35 870.67 euros à Dibas et son association Kadam et que 35 616.43 euros leur ont déjà été donnés et ont été dépensés, utilement. Pierre vient de donner 30 000 roupies supplémentaires à son retour de mission que nous n'avons pas encore donné. Je sais, c'est mal.

Hugo est depuis une semaine à Borlang et aide les villageois à construire une maison pour une veuve. La semaine dernière, il a assisté à des ateliers pour la construction anti-sismique et a présenté (avec des slides traduits en népalais) la construction de serres. Bon, le rythme de travail n'est pas fou, mais les choses avancent et se font. Les villageois sont tout étonné de voir un étranger travailler et ils semblent hésiter à le faire marner davantage. A la place, ils le gavent (faudrait pas qu'il meure de faim quand même !). Et ils l'accompagnent partout, faudrait pas qu'il se perde non plus. ça lui fait bizarre, il n'a pas l'habitude :-)


Il a quand même pu faire un vol en parapente, seul, il est content.

Allez, je rajoute une petite carte, juste parce que je la trouve jolie :-)
Elle est un peu fausse car maintenant, il n'y a que 7 régions.

jeudi 8 octobre 2015

Ne pas perdre le Nord

Au programme du billet, des bonnes nouvelles de la vie quotidienne, les actualités du blocus et des nouvelles de PY.

Les bonnes nouvelles d'abord

Depuis mardi, tous les matins, à 7h05, nous recevons deux baguettes bien fraîches. Moment de doute ce matin quand nous n'avons pas entendu le scooter de livraison s'arrêter... que faisons-nous s'ils ne livrent pas ? Car depuis, nous avons arrêté tout autre achat de pain.

Ouf, heureusement il est venu sur son fier destrier et nous a expliqué que le sac en plastique que nous rangions joyeusement à chaque passage est plutôt destiné à être accroché à la porte ou au portail pour qu'il y dépose le pain. Oups, la boulette.

Deux baguettes aussitôt consommées : une pour les tartines du matin (nous restons bien français) et l'autre pour les sandwiches des enfants.  A la moutarde française obligeamment apportée par Guy Chaumereuil. 

Une expérience mystique ?

Elle ne fait pas envie cette baguette hein ?

Je suis allée faire un tour sur le toit ce matin. La pluie s'est arrêté depuis quelques jours, il est temps de nettoyer les panneaux solaires. L'occasion de découvrir que les panneaux avaient été déplacés de quelques centimètres pour mieux capter le soleil en hiver... et que des marches de l'escalier avaient été supprimées pour réparer les fuites pardon les infiltrations du toit. Il faut faire un grand pas pour atteindre les panneaux maintenant.

Bien sales les panneaux, et oui je n'étais pas montée depuis le printemps dernier.
Une bonne marche maintenant.... un bon mètre ?

Le proprio en son jardin.

Autre bonne nouvelle, je vais aider un groupe à ramener des motos Enfield 500 cc (c'est une info pour les Chanteloube ;-) ) de Jomsom, dans le bas Mustang, à Pokhara. Avec Amanda une copine américaine du futsal. Si nous trouvons une voiture pour nous emmener à Pokhara car pour l'instant... c'est pas ça. Il y a comme qui dirait des problèmes de pénuries d'essence.

Les nouvelles du blocage qui n'existe pas

 L'Inde, nous sommes d'accord, ne ferme pas la frontière. Non. Mais elle vient d'autoriser la levée du blocus. OK. Et peu à peu, le nombre de camions pouvant entrer augmente : 50 camions pétroliers mardi et 91 hier. L'extase.

Des camions de matériaux, de marchandises et de fruits et légumes peuvent aussi franchir la frontière mais seulement si... le contenu du camion vient d'Inde. Autres provenances, essayez plus tard ! C'est ce que j'appelle "garder le nord". Trop fort ces indiens.

Comme la réclamation de l'ambassade d'Inde au Népal pour obtenir de l'essence pour ses véhicules. Les jeunes népalais ont pris leurs fonds d'essence et sont allés les proposer devant l'ambassade. A priori, les indiens ne les ont pas pris... petits joueurs.



La situation devient cependant très difficile pour les népalais : l'industrie pharmaceutique a prévenu qu'elle ne pouvait plus fournir des médicaments de base d'ici une dizaine de jours par manque de fioul pour la production ; les compagnies aériennes voient avec effroi les stocks diminuer à l'approche de Dashain le festival qui entraîne les plus grands déplacements de population ; les avions de la Nepal Airline Corporation laissent des sièges vacants sur leurs vols internationaux pour ramener de l'essence au retour ; les autorités envisagent d'importer du kérosène depuis le Bangladesh par voie aérienne... pas facile d'être pris en sandwich entre deux géants.

Du coup, le gouvernement laisse faire ... les contrebandiers d'essence. La perspective d'un festival sans possibilité pour les népalais de rejoindre leur famille les terrifie.

Autres nouvelles étonnantes : les premiers amendements de la constitution sont en cours... moins de deux semaines après sa promulgation. Trop fort ces népalais.

Ce qui m'étonne toutefois, c'est la "non-réaction" des Nations Unies ou des autres pays étrangers (à ce que je sache) à un blocus qui bafoue les lois internationales... Quelqu'un peut-il m'éclairer à ce propos ?

Les nouvelles de PY

ça ne me réjouit pas mais bon, il fallait s'y attendre.. voilà ce que je viens de lire sur le site de Yannick.

7 octobre. Bonne météo alors GO !

Point téléphonique avec Yannick ce matin. La météo annoncée pour les prochains jours est finalement meilleure que prévue, c'est le bon moment pour eux pour espérer atteindre le sommet autour du 11-12 octobre. Ce soir ils rejoignent le CBA à 5200m puis le pilier sud-ouest à 6100m les 2 prochains jours. Le vent devrait tomber pour les prochains jours ce qui facilitera la montée malgré le froid. Espérons que la météo se maintienne !

Short interview with Yannick this morning. It is forecast good weather for the next few days and perfect timing to try to reach the submit around October the 11th/12 th. They will join ABC (5200m) this evening. Weak wind will make easier the journey.

lundi 5 octobre 2015

Tél sat ou site de Yannick...

Alors, où va ma préférence pour avoir des nouvelles de PY ? Je crois que je préfère les nouvelles de Patrick en direct par téléphone sat. Les nouvelles de Yannick sur son site commencent à me stresser, moi, modèle pourtant ultra-zen. Je vous laisse juges :

4 octobre. Et maintenant attendre le créneau météo.

Repos au CB à 4400. Il faut maintenir essayer d anticiper la prochaine fenêtre météo favorable ( moins de vent et pas de grosses précipitations). Chose pas facile car il faut 3 jours pour rejoindre le plateau à 7 300 puis un jour pour le sommet avec re descente. Donc le mieux est d être prêts au ABC à 5100. Mais quel jour ? L Escalade très technique pour atteindre 7000. Avant la traversée clé qui permet de sortir sur le plateau. Difficulté très différente de celle du G1, ici c est de la paroi. En raison de la météo il faut avoir fini de monter ou descendre avant 10:00.. Après ça caillasse sec ! Bon, on va être vite fixé si la montagne veut ou pas ! Yan à Chamonix scrute ses écrans , mais in fine c est ici que cela se joue ! Bises à tous. Yannick.
Jo Shea surveille la météo locale depuis KTM (merci à lui) et avec les garçons, on évite d'en parler. Ils sont juste très contents de parler à leur père quand il téléphone.

Les effets pervers du blocage des frontières

Dimanche, les taxis attendent encore.

Alors, le blocus qui n'existait pas a été levé samedi par l'Inde. Mais depuis, 3 camions de fioul et 2 de bouteilles de gaz ont passé la frontière. C'est même pire, les camions népalais sont allés chercher de l'essence auprès de l'Indian Oil Corporation qui lui appris qu'ils avaient des (non-) instructions de ne pas les servir. Ils ont accepté de remplir 10% de la flotte envoyée. Mais pour les autres camions, ils attendent une lettre officielle de Delhi.

Ah et puis, ils feront passer les camions en douane par ordre d'arrivée. Donc les camions de fuel et de gaz passeront après les camions d'autres denrées. Ils ont refusé la demande des ministres népalais de déroger à cette règle. Pas tout à fait apaisée la relation...

Alors, les files s'étirent devant les stations et bloquent la circulation (cf l'image). Ils sont forts ici, ils arrivent à être embouteillés même sans essence !

Les banques viennent aussi de signaler leur ambarras : plus d'essence = plus de générateur pour faire fonctionner les serveurs. Les ATM ne distribueront plus d'argent le soir. Et les banques risquent de suspendre leur activité lors des coupures de courant. Elles doivent faire face aussi à des défauts de remboursement de prêts : depuis 50 jours, les entreprises industrielles et commerciales du Teraï ne fonctionnent plus, l'argent n'est plus encaissé, elles ne peuvent rembourser leurs dettes.

Hier, j'étais au restaurant avec Marie-Ange, restaurant indien (les pauvres, en ce moment, ce n'est pas facile d'être indien au Népal). Très bon. Mais en mode économie d'énergie : plus d'essence pour faire fonctionner les générateurs, plus de gaz pour cuisiner... retour à la bonne vieille cuisson au charbon.

Catherine a des groupes qui doivent partir en expé. Avec la pénurie de pétrole, il est hors de question que ces groupes utilisent du kérosène pour la cuisine comme c'est habituellement le cas. Il faut trouver des bouteilles de gaz (qu'il faudra monter et descendre... donc des porteurs supplémentaires)... et ça, chez les salariés de l'agence. Catherine va donc donner une de ses bouteilles.

Mais, nous, nous sommes contents, demain commence la baguette chaude au petit déj'. Mauvais pour la ligne, bon pour le moral !